Le dhikr (ذِكْر), l’évocation d’Allah, est l’une des adorations les plus accessibles qui soient : elle ne demande ni lieu particulier, ni état de pureté obligatoire, ni matériel.
Reste une question très concrète, que l’on nous pose souvent en boutique : quelles formules dire, combien de fois, et comment ne pas perdre le compte ? Voici un point clair, appuyé sur le Coran et la Sunnah.
Le dhikr : la réponse courte
Le dhikr désigne l’évocation d’Allah par la parole et par le cœur. Les formules les plus rapportées sont subhâna Allah, al-hamdou lillâh, Allâhou akbar et lâ ilâha illa Allah. Après chaque prière obligatoire, la Sunnah rapporte de dire 33 fois subhâna Allah, 33 fois al-hamdou lillâh et 33 fois Allâhou akbar, puis de compléter la centaine par la formule d’unicité (Sahih Muslim). Le comptage se fait traditionnellement sur les phalanges de la main droite, pratique attestée du Prophète ﷺ (Sunan Abou Dâwoud, Sunan at-Tirmidhî), certains utilisant aussi un tasbih à perles ou un compteur.
Sommaire
Qu’est-ce que le dhikr ?
Le mot dhikr vient de la racine arabe ذ ك ر, qui signifie se souvenir, mentionner, évoquer. Dans le vocabulaire religieux, il désigne le fait d’évoquer Allah : par des formules prononcées, par la lecture du Coran, par l’invocation, ou par une présence du cœur.
Le Coran y invite à plusieurs reprises. Dans la sourate Al-Ahzâb, les croyants sont appelés à évoquer Allah abondamment, matin et soir (sourate 33, versets 41 et 42). Dans la sourate Al-Baqara, Allah dit qu’À ceux qui se souviennent de Lui, Il se souviendra d’eux (sourate 2, verset 152). Et dans la sourate Ar-Ra’d, l’évocation d’Allah est présentée comme ce par quoi les cœurs trouvent la tranquillité (sourate 13, verset 28).
C’est une adoration remarquablement souple : elle se pratique debout, assis, allongé, en marchant, en voiture, sans horaire imposé. C’est aussi ce qui la rend facile à oublier dans une journée chargée.
Les formules de dhikr rapportées dans la Sunnah
Subhâna Allah
سُبْحَانَ اللَّهِ
Le tasbih : proclamer la pureté et la transcendance d’Allah, Le déclarer exempt de toute imperfection.
Al-hamdou lillâh
الْحَمْدُ لِلَّهِ
Le tahmid : la louange, qui reconnaît que tout bienfait vient de Lui.
Allâhou akbar
اللَّهُ أَكْبَرُ
Le takbir : affirmer la grandeur d’Allah, supérieure à toute chose.
Lâ ilâha illa Allah
لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ
Le tahlil : l’attestation d’unicité, décrite dans la Sunnah comme la meilleure des paroles d’évocation.
Subhâna Allah wa bi hamdih
سُبْحَانَ اللَّهِ وَبِحَمْدِهِ
Formule associée à un hadith rapporté par Al-Boukhârî et Muslim d’après Abû Hurayra, qui la décrit comme légère à prononcer et lourde dans la balance.
Astaghfirou Allâh
أَسْتَغْفِرُ اللَّهَ
L’istighfar, la demande de pardon, que le Prophète ﷺ répétait quotidiennement selon plusieurs récits.
Le dhikr après la prière obligatoire
C’est le moment de dhikr le plus précisément décrit dans les recueils. Deux formes sont rapportées dans le Sahih de Muslim, et les savants les considèrent l’une et l’autre valides.
Première forme (hadith d’Abû Hurayra)
33 fois subhâna Allah, 33 fois al-hamdou lillâh, 33 fois Allâhou akbar, ce qui fait 99, puis la centaine complétée par : lâ ilâha illa Allâh wahdahou lâ charîka lah, lahou l-moulk wa lahou l-hamd wa houwa ‘alâ koulli chay’in qadîr.
Seconde forme (hadith de Ka’b ibn ‘Ujra)
33 fois subhâna Allah, 33 fois al-hamdou lillâh, 34 fois Allâhou akbar, après chaque prière prescrite.
Sont également rapportées la récitation du verset du Trône (Âyat al-Koursî, sourate 2, verset 255) après chaque prière obligatoire, ainsi que la demande de pardon répétée trois fois juste après le salut final.
Compter sur les doigts : la pratique prophétique
‘Abdallâh ibn ‘Amr rapporte avoir vu le Prophète ﷺ compter le tasbih sur sa main (Sunan Abou Dâwoud, Sunan at-Tirmidhî). Un autre récit, adressé à des femmes parmi les compagnons, les invite à compter sur les phalanges, celles-ci étant appelées à témoigner (Sunan Abou Dâwoud, Sunan at-Tirmidhî).
C’est donc la méthode la mieux établie, et la plus recommandée par les savants : elle ne coûte rien, ne s’oublie jamais à la maison, et suit directement l’exemple prophétique.
Sa limite est purement pratique : elle mobilise l’attention et devient délicate dès que les mains sont occupées ou que le nombre visé dépasse la centaine.
Tasbih à perles et compteurs modernes : ce qu’il faut savoir
Le chapelet à perles, appelé tasbih ou misbaha, n’apparaît pas dans les récits prophétiques sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. La question de son usage a fait l’objet de discussions entre savants : certains le considèrent comme un simple outil de comptage permis, d’autres préfèrent s’en tenir strictement aux doigts, plus conforme à ce qui est rapporté. Chacun se référera aux savants qu’il consulte habituellement.
Ce qui fait consensus, en revanche, c’est que l’outil ne vaut jamais par lui-même. Il n’ajoute aucune vertu au dhikr, ne le rend pas plus accepté, et ne doit surtout pas devenir un objet de distinction ou d’ostentation. Sa seule fonction est d’aider à ne pas perdre le compte.
Pour ceux qui font ce choix, nous proposons une sélection de tasbih et chapelets musulmans, du modèle en bois sobre aux perles colorées pour les enfants.
Depuis quelques années s’ajoutent les compteurs électroniques, sous forme de cliqueurs ou de bagues. La bague de dhikr connectée iQibla en est l’exemple le plus abouti : elle compte d’un appui du pouce et vibre à l’heure des cinq prières. Le raisonnement reste identique à celui du chapelet : un outil, rien de plus, qui peut aider à maintenir une régularité là où les doigts ne sont pas disponibles.
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S’accrocher aux prières
Les cinq prières sont déjà cinq rendez-vous fixes. Rester assis deux minutes après le salut final pour les 33/33/33 demande peu, et ancre l’habitude sans effort de mémoire.
Occuper les temps morts
Trajets, files d’attente, vaisselle, marche : autant de moments où la langue est libre. Ce sont souvent là que se gagnent les plus grands volumes de dhikr.
Préférer le peu et le constant
Un hadith rapporté par Al-Boukhârî et Muslim indique que les œuvres les plus aimées d’Allah sont les plus constantes, même modestes. Dix formules chaque jour valent mieux que cent une fois par mois.
FAQ sur le dhikr
Faut-il être en état de pureté pour faire le dhikr ?
Les formules d’évocation comme subhâna Allah ou al-hamdou lillâh peuvent être prononcées sans ablutions. La récitation du Coran et la manipulation du mushaf obéissent à des règles propres, sur lesquelles il convient de se référer aux gens de science.
Le dhikr doit-il se faire à voix haute ?
Il se pratique le plus souvent discrètement, à voix basse. Le Coran mentionne l’évocation faite avec humilité et sans éclat de voix (sourate 7, verset 205). Le cœur présent compte davantage que le volume sonore.
Que faire si je perds le compte ?
Reprenez au nombre dont vous êtes raisonnablement sûr et poursuivez. Ces nombres sont des recommandations prophétiques, non des obligations dont la validité dépendrait d’un décompte parfait. L’anxiété du chiffre exact nuit souvent plus qu’elle n’aide.
Peut-on faire le dhikr en français ?
Les formules rapportées se disent en arabe, langue dans laquelle elles ont été transmises, et elles sont courtes à mémoriser. Les invocations personnelles adressées à Allah, elles, peuvent se formuler dans sa propre langue.
Quel est le meilleur moment pour le dhikr ?
Le Coran mentionne particulièrement le matin et le soir (sourate 33, verset 42). Les recueils détaillent aussi les évocations qui suivent chaque prière obligatoire. En dehors de ces moments, l’évocation reste ouverte à toute heure.
Un compteur électronique est-il permis ?
La question rejoint celle du chapelet à perles, sur laquelle les avis divergent. Ceux qui autorisent le tasbih comme instrument de comptage étendent généralement le raisonnement aux compteurs modernes. Nous présentons ces outils sans trancher : renseignez-vous auprès des savants que vous suivez.
Sources et références
Coran
- Sourate Al-Baqara (2), verset 152 : l’évocation réciproque entre Allah et Son serviteur
- Sourate Al-Baqara (2), verset 255 : Âyat al-Koursî
- Sourate Al-A‘râf (7), verset 205 : l’évocation faite avec humilité, sans éclat de voix
- Sourate Ar-Ra’d (13), verset 28 : la tranquillité des cœurs par l’évocation d’Allah
- Sourate Al-Ahzâb (33), versets 41 et 42 : l’appel à une évocation abondante, matin et soir
Sunnah
- Sahih Muslim, chapitre des mosquées : hadith d’Abû Hurayra sur les 33/33/33 suivis de la formule d’unicité après la prière
- Sahih Muslim : hadith de Ka’b ibn ‘Ujra sur les 33/33/34 après chaque prière prescrite
- Sahih Al-Boukhârî et Sahih Muslim, hadith d’Abû Hurayra : les deux paroles légères sur la langue et lourdes dans la balance
- Sahih Al-Boukhârî et Sahih Muslim, hadith de ‘Â’icha : les œuvres les plus aimées d’Allah sont les plus constantes
- Sunan Abou Dâwoud et Sunan at-Tirmidhî : hadith de ‘Abdallâh ibn ‘Amr sur le comptage du tasbih sur la main
- Sunan Abou Dâwoud et Sunan at-Tirmidhî : hadith de Youssayra sur le comptage sur les phalanges
- Sunan an-Nasâ’î : récitation d’Âyat al-Koursî après la prière obligatoire
Les numérotations de hadiths varient selon les éditions et les logiciels de référence : nous indiquons ici le recueil et le compagnon rapporteur, plus stables pour la vérification. Cet article a une vocation informative et ne remplace pas la consultation des gens de science.
L’essentiel tient en peu de mots
Quatre formules, quelques dizaines de répétitions après chaque prière, et la main droite pour compter : le dhikr ne demande rien de compliqué. Tout le reste, chapelets, compteurs, applications, n’est qu’une aide à la régularité, jamais une condition.
Pour approfondir, notre maktaba en ligne propose plusieurs recueils d’invocations et d’adhkar, en arabe comme en édition bilingue.
Rédigé par l’équipe Maktaba Abou Ayoub
Libraires spécialisés en ouvrages islamiques, nous nous appuyons sur les recueils de référence de notre catalogue et rappelons que nos articles informent sans se substituer à l’avis des gens de science.
