Prière du Aïd et vendredi le même jour : que faire ?

Prière du Aïd et vendredi le même jour : que faire ?

Maktaba Abou Ayoub — Guide Fiqh

Hadiths authentiques • Avis des 4 écoles juridiques • Position des grands savants contemporains

Parmi les questions qui reviennent régulièrement chez les musulmans, l’une des plus discutées par les savants de l’Islam est la suivante : lorsque le jour de l’Aïd (el-Fitr ou el-Adha) coïncide avec le vendredi, faut-il accomplir les deux prières ? Est-on dispensé de la Jumu’ah ? Qu’en est-il de la prière de Dhor ?

Cette situation, qui peut sembler rare, a pourtant été vécue du temps du Prophète ﷺ lui-même, et ses compagnons (qu’Allah les agrée) nous ont laissé un héritage précieux à ce sujet. Les grandes écoles juridiques de l’Islam ont toutes apporté leur réponse, parfois convergente, parfois divergente.

Dans cet article, Maktaba Abou Ayoub vous propose un guide complet, fondé sur les textes authentiques et les positions des savants, pour vivre ce jour béni avec sérénité et connaissance.

🕌 Deux fêtes, un même jour : rappel du contexte

Le vendredi est en Islam le meilleur jour de la semaine. La prière du vendredi (Jumu’ah) est une obligation individuelle (fard ‘ayn) pour tout homme musulman, libre, adulte, sain et résidant. Le Prophète ﷺ a lui-même mis en garde contre l’abandon de cette prière :

« Que les gens cessent d’abandonner les prières du vendredi, sinon Allah scellera leurs cœurs et ils seront au rang des insouciants. »
(Rapporté par Muslim)

L’Aïd (el-Fitr après le Ramadan, el-Adha lors du Hajj) est quant à lui une prière communautaire d’une très grande importance. Lorsque ces deux célébrations tombent le même jour, une question de fiqh (jurisprudence islamique) se pose naturellement : l’une peut-elle se substituer à l’autre ?

📖 Les textes fondateurs : hadiths et actions des compagnons

Le hadith de Zayd ibn Arqam (رضي الله عنه)

« Le Prophète ﷺ accomplit la prière de l’Aïd puis facilita le Joumou’a en disant : “Que celui qui veut accomplir la prière du vendredi l’accomplisse.” »
(Rapporté par les cinq cheikhs sauf at-Tirmidhi, authentifié par Ibn Khouzayma)

Ce hadith est l’une des preuves les plus solides accordant une dispense de la Jumu’ah à ceux ayant prié l’Aïd. Le Prophète ﷺ n’a pas imposé la présence au vendredi, tout en laissant la porte ouverte à ceux qui souhaitent l’accomplir.

Le hadith d’Abu Hurayra (رضي الله عنه)

« Deux fêtes ont coïncidé ce jour. Pour celui qui le souhaite, cette prière (de l’Aïd) le dispense de celle du vendredi. Quant à nous, nous allons célébrer la prière du vendredi. »
(Rapporté par Abou Daoud)

Ce hadith montre clairement que la dispense est accordée au fidèle, mais que l’imam et ceux qui le souhaitent continuent de célébrer la Jumu’ah. C’est un équilibre entre la facilité accordée par Allah et le maintien de la prière communautaire.

L’action de ‘Uthman ibn ‘Affan (رضي الله عنه)

« Abou ‘Oubeyd dit : “J’ai assisté à la prière de l’Aïd avec ‘Uthman ibn ‘Affan un jour de vendredi. Il pria avant le sermon, puis dit : ‘Ô gens ! Deux fêtes se sont réunies pour vous. Quiconque parmi les habitants des environs souhaite attendre la prière du vendredi, qu’il attende. Et quiconque souhaite rentrer chez lui, qu’il rentre.'” »
(Rapporté par al-Bukhari et Malik)

Le calife ‘Uthman (رضي الله عنه), devant des milliers de compagnons sans qu’aucun ne le contredise, a lui-même accordé une dispense aux gens des environs. C’est un ijmâ’ sukoutî (consensus tacite) des compagnons du Prophète ﷺ.

💡 À retenir : La Jumu’ah doit dans tous les cas être célébrée dans les mosquées. Aucun imam ne peut supprimer la prière du vendredi sous prétexte que c’est l’Aïd.

🎓 L’avis probant : Ibn Taymiyya, Ibn Baz et Ibn ‘Uthaymin

Les trois grands savants qui font autorité au XXᵉ siècle convergent vers le même avis, considéré comme le plus solide en termes de preuves :

📚 Ibn Taymiyya (رحمه الله) — Majmou’ al-Fatawa 24/210

Ibn Taymiyya désigne comme avis probant celui selon lequel le fidèle ayant accompli la prière de l’Aïd est dispensé de la Jumu’ah tout en devant prier Dhor. Il argumente :

  • La prière de l’Aïd réalise l’objectif du rassemblement visé par la Jumu’ah.
  • Imposer les deux constitue une gêne qui altère l’esprit de fête.
  • Le vendredi est lui-même une fête — lorsque deux actes d’adoration de même nature se réunissent, la législation islamique les fusionne (comme le ghusl de Jumu’ah dans le ghusl de Janaba).
  • C’est ce qui a été pratiqué par le Prophète ﷺ, ‘Umar, ‘Uthman, Ibn Mas’oud, Ibn ‘Abbas, Ibn az-Zoubeïr — sans divergence connue entre eux.

📚 Cheikh Ibn Baz (رحمه الله) — Majmou’ Fatawa vol. 4, n°556

« Ce qui est légiféré pour les musulmans si l’Aïd coïncide avec un vendredi est d’accomplir la prière de l’Aïd ainsi que la prière de Joumou’a dans les mosquées où est célébrée habituellement la Jumu’ah. Et il est permis pour celui qui a assisté à la prière de l’Aïd de délaisser la prière de Joumou’a et de se contenter de la prière de Dhor. »

Concernant l’imam : il doit accomplir le vendredi même si un groupe de personnes peu nombreuses y assistent avec lui.

📚 Cheikh Ibn ‘Uthaymin (رحمه الله)

« Dans ce cas-là, il faut effectuer la prière de la fête et celle du vendredi, comme le faisait le Prophète ﷺ. Puis ceux qui ont assisté à la prière de la fête peuvent être dispensés d’être présents à la prière du vendredi — par contre ils devront prier le Dhor, car c’est une prière prescrite à ce moment-là, et on ne peut la délaisser. »

Ibn ‘Uthaymin insiste donc sur l’absolue obligation du Dhor pour celui qui ne fait pas le vendredi — c’est un point sur lequel tous les savants contemporains s’accordent.

✅ Résumé pratique : que faire concrètement ?

🕌

Le fidèle (musallî)

✅ Prie la prière de l’Aïd

Dispensé de la Jumu’ah

⚠️ Prie Dhor obligatoirement

🎙️

L’imam

✅ Prie la prière de l’Aïd

🕌 Doit célébrer la Jumu’ah

👥 Si ≥ 3 personnes présentes

🤲

Celui qui veut le double mérite

✅ Prie la prière de l’Aïd

✅ Prie aussi le vendredi

⭐ Double récompense !

⚠️ Point crucial à ne pas négliger : Ne pas confondre dispense de la Jumu’ah avec dispense du Dhor. La prière de Dhor reste obligatoire pour celui qui ne fait pas la prière du vendredi ce jour-là. Seul l’avis d”Ata ibn Rabah (minoritaire, non retenu par la majorité des savants) supprime également le Dhor.

🌙 Préparez votre vendredi selon la Sunnah

Lorsque l’Aïd coïncide avec le vendredi, c’est un double jour de grâce. Pour vivre pleinement cette journée bénie, retrouvez notre guide complet sur toutes les sounnanes du vendredi : ghusl, siwak, sourate Al-Kahf, salawat et heure d’exaucement.

 

❓ Questions fréquentes

Que faire si la prière de l’Aïd tombe un vendredi ?

Selon l’avis le plus probant (Ibn Taymiyya, Ibn Baz, Ibn ‘Uthaymin), celui qui a accompli la prière de l’Aïd est dispensé d’assister à la prière du vendredi. Il doit cependant accomplir la prière de Dhor en son temps. L’imam de la mosquée, lui, se doit de célébrer la prière du vendredi pour ceux qui le souhaitent.

Doit-on quand même prier le Dhor si on ne fait pas le vendredi ?

Oui, absolument. Si l’on est dispensé de la Jumu’ah grâce à la prière de l’Aïd, il reste obligatoire d’accomplir la prière de Dhor en son temps. La dispense ne concerne que la Jumu’ah, pas le Dhor.

L’imam est-il aussi dispensé le jour de l’Aïd ?

Non. L’imam doit célébrer la Jumu’ah afin de permettre à ceux qui le souhaitent d’y assister.

Quel est l’avis des Hanafites ?

Les Hanafites estiment que la prière du vendredi reste obligatoire pour tous, même pour ceux qui ont accompli la prière de l’Aïd. Ils s’appuient sur la portée générale du verset coranique 62:9 et des hadiths stipulant le caractère obligatoire de la Jumu’ah.

Quel hadith parle de la coïncidence de l’Aïd et du vendredi ?

Le plus cité est celui de Zayd ibn Arqam : le Prophète ﷺ accomplit la prière de l’Aïd puis dit « Que celui qui veut la prière du vendredi, l’accomplisse ». Il y a aussi le hadith d’Abu Hurayra rapporté par Abou Daoud, et l’action de ‘Uthman ibn ‘Affan rapportée par al-Bukhari et Malik.

Quelle est la position d’Ibn Taymiyya ?

Ibn Taymiyya considère comme avis probant que celui qui a prié l’Aïd n’a plus à accomplir la Jumu’ah, tout en devant prier Dhor. Il argumente que la prière de l’Aïd réalise l’objectif du rassemblement de la Jumu’ah. (Majmou’ al-Fatawa, 24/210-211)

Peut-on ne faire ni vendredi ni Dhor le jour de l’Aïd ?

Non, selon la majorité des savants. Seul ‘Ata ibn Rabah l’estimait possible. La grande majorité s’accorde sur l’obligation d’accomplir au minimum la prière de Dhor.

Qu’a fait ‘Uthman ibn ‘Affan quand l’Aïd tombait un vendredi ?

‘Uthman dirigea la prière de l’Aïd puis dit : « Deux fêtes se sont réunies pour vous. Quiconque souhaite attendre la prière du vendredi, qu’il attende. Et quiconque souhaite rentrer chez lui, qu’il rentre. » (Rapporté par al-Bukhari et Malik) — sans qu’aucun compagnon ne le contredise.